Passer du micro au réel : quand et comment basculer (guide 2026)

Tu approches des plafonds en micro-entreprise ou tes charges explosent ? On décortique ensemble les signaux, les options et les étapes pour basculer au régime réel ou en SASU sans perdre un euro.

Passer du micro au réel : quand et comment basculer (guide 2026)

Quand j’ai dépassé 70 000 € de chiffre d’affaires en micro-entreprise, j’ai paniqué. Je me suis retrouvé à googler “fermer micro créer SASU” un dimanche soir, persuadé que j’allais perdre mon statut le lendemain. En réalité, j’avais encore de la marge. Personne ne m’avait simplement expliqué les règles.

Si tu lis cet article, tu es probablement dans la même situation. Ton activité décolle, les plafonds se rapprochent, et tu te demandes s’il faut basculer. Bonne nouvelle : tu as le temps de faire les choses bien.

On va voir les signaux qui doivent t’alerter, les options qui s’offrent à toi, ce que chacune te laisse vraiment en poche, puis les démarches. Si tu hésites encore entre les statuts, commence par notre comparatif micro-entreprise vs SASU.

Quand faut-il quitter la micro-entreprise ?

La micro-entreprise est parfaite pour démarrer. Mais elle a des limites qui finissent par te coûter de l’argent.

Le plafond de CA approche

En 2026, le plafond pour les prestations de services (BNC et BIC services) est de 83 600 € par an. Un dépassement isolé ne change rien. Si tu le dépasses deux années de suite, tu passes au régime réel au 1er janvier de l’année suivante (Service Public Entreprendre). Le détail des seuils est dans notre guide sur le dépassement des seuils de la micro-entreprise.

Si tu factures plus de 70 000 € par an en micro, pose-toi la question maintenant. Pas le jour où la bascule s’imposera.

Tes charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire

En micro BNC, l’impôt est calculé sur ton CA après un abattement forfaitaire de 34 %. L’administration considère que tes frais représentent un tiers de ce que tu factures. Si tes charges réelles (matériel, logiciels, coworking, déplacements, sous-traitance) pèsent plus, tu paies de l’impôt sur de l’argent que tu n’as jamais gagné.

Exemple : tu factures 60 000 € avec 25 000 € de charges. En micro, ton bénéfice imposable est de 39 600 €. Au réel, tu pars de 35 000 €, avant même de déduire tes cotisations sociales.

Un point souvent mal compris : la TVA n’est pas une raison de quitter la micro. La franchise en base (37 500 € pour les services en 2026) ne dépend pas du régime d’imposition. Tu peux y renoncer et récupérer la TVA sur tes achats tout en restant micro-entrepreneur. Notre guide de la TVA en freelance détaille ce choix.

Tu veux une autre protection sociale ou des associés

En micro, tu cotises environ 25,6 % de ton CA en 2026 (BNC hors professions réglementées), pour une retraite modeste. Le président de SASU relève du régime général des assimilés salariés : il cotise davantage, mais sa retraite et sa prévoyance suivent (voir notre guide sur la retraite du freelance). Et si tu veux faire entrer un associé ou un investisseur, il te faut une société.

EI au réel, EURL ou SASU : quelle cible choisir ?

Quand tu quittes la micro, trois chemins s’ouvrent.

L’EI au régime réel. Tu gardes ton SIRET, seule la fiscalité change : tu déduis tes charges au réel au lieu de l’abattement. Aucun frais de création, une comptabilité allégée, et tes cotisations sont calculées sur ton revenu réel. C’est aussi la seule option réversible : tu peux revenir au micro si tu repasses sous les seuils.

L’EURL. Une société à associé unique, avec un gérant travailleur non salarié (TNS) qui cotise comme en EI. Elle reste à l’IR par défaut, avec une option pour l’IS. Elle convient si tu veux une société sans les charges sociales de la SASU. Notre comparatif SASU vs EURL détaille la différence.

La SASU. Tu fermes ta micro et tu crées une société. Tu gagnes le mix salaire et dividendes (dividendes soumis à la flat tax de 31,4 % en 2026), le statut d’assimilé salarié et une structure prête à accueillir des associés. En contrepartie : 300 à 800 € de création, un expert-comptable presque indispensable (100 à 300 € par mois), et des charges de l’ordre de 75 à 80 % de ton salaire net.

Le régime réel en EI, c’est le juste milieu. Tu déduis tes charges sans la lourdeur d’une société. Pour beaucoup de freelances, c’est la bonne étape avant la SASU.

Combien te reste-t-il à 80 000 € de CA ?

Prenons un freelance IT qui facture 80 000 € avec 15 000 € de charges réelles. Les montants sont des ordres de grandeur avant impôt sur le revenu ; notre simulateur de revenus freelance les adapte à ta situation.

OptionCotisations ou coût de rémunérationReste avant IRBase de l’impôt sur le revenu
Micro-entreprise20 480 € (25,6 % du CA)environ 44 500 €52 800 € (CA moins 34 %)
EI au réelenviron 20 500 €environ 44 500 €environ 46 000 €
SASUcoût employeur d’environ 63 500 € pour 36 000 € netenviron 36 800 € avec les dividendessalaire et dividendes

En EI, les cotisations sont calculées sur ton bénéfice de 65 000 €. Depuis la réforme de l’assiette sociale (revenus 2025), tu déclares un revenu brut social et l’Urssaf applique elle-même un abattement forfaitaire de 26 % avant de calculer tes cotisations (Urssaf). Résultat : environ 46 % de ton revenu net, comme on le détaille dans notre article sur la nouvelle assiette sociale des TNS.

À ce niveau, micro et EI au réel laissent un revenu proche. Le réel abaisse ta base imposable, mais le gain d’impôt est en partie absorbé par le coût de la comptabilité. La SASU ne devient intéressante que plus haut, ou si tu valorises sa protection sociale.

Ne bascule pas en SASU uniquement pour “faire pro”. Bascule quand les chiffres le justifient.

Comment passer au régime réel en restant en EI ?

Par l’option ou par la bascule automatique

Après deux années au-dessus du plafond, la bascule s’applique d’office au 1er janvier. Tu n’as pas de demande à faire, mais tu dois tenir une comptabilité au réel dès ce jour-là.

Sous les seuils, tu peux opter volontairement. En BNC, l’option pour la déclaration contrôlée s’exerce dans le délai de dépôt de la déclaration de résultats de l’année concernée, donc jusqu’en mai de l’année suivante (Service Public Entreprendre). En BIC, elle doit être exercée avant la date limite de dépôt de la déclaration de l’année précédente (BOFiP). Dans les deux cas, elle vaut un an et se reconduit tacitement.

Côté obligations, tu tiens un livre des recettes et des dépenses (notre guide du livre des recettes donne les bases) et un registre des immobilisations : un MacBook à 2 000 € HT s’amortit en général sur 3 ans. Chaque année, tu déposes une déclaration n°2035 (BNC) ou n°2031 (BIC). Compte 3 à 4 heures de comptabilité par mois si tu es organisé.

Les cotisations provisionnelles, le piège de trésorerie

Au réel, tes cotisations ne suivent plus ton CA du mois. L’Urssaf appelle des cotisations provisionnelles calculées sur tes derniers revenus connus, puis régularise une fois ton revenu réel déclaré. Après une très bonne année, tu paies des acomptes élevés même si l’année suivante est plus calme, et la régularisation peut tomber au mauvais moment.

La parade : dès le premier mois, mets de côté environ un tiers de ton bénéfice sur un compte séparé, et n’y touche qu’après la régularisation.

Comment passer de la micro à la SASU ?

La création prend en général deux à trois semaines :

  1. Rédiger les statuts, seul à partir d’un modèle ou avec un professionnel (0 à 500 €).
  2. Déposer le capital : 1 € minimum, souvent 500 à 1 000 € pour la crédibilité.
  3. Publier l’annonce légale : 142 € HT en métropole en 2026.
  4. Immatriculer la société sur le guichet unique de l’INPI. Le greffe délivre le Kbis en général en quelques jours.

J’ai utilisé un service juridique en ligne pour créer ma structure. 300 € tout compris, statuts rédigés en 48 h. Le plus long, c’est d’attendre le Kbis.

Le pas-à-pas complet est dans notre guide pour créer sa SASU.

Vient ensuite le transfert de l’activité. Pour la plupart des freelances, sans stock ni local, il est surtout administratif : tu préviens tes clients, tu fais signer les nouveaux contrats à la SASU et tu mets à jour tes devis et factures. Si ta clientèle a une valeur réelle, son apport (contre des actions) ou sa cession se prépare avec ton expert-comptable.

Attention au changement de logique comptable : la SASU tient une comptabilité d’engagement, où chaque facture compte dès son émission, et l’expert-comptable établit bilan et liasse fiscale à la clôture.

Enfin, ferme ta micro-entreprise sur le guichet unique dans les 30 jours qui suivent l’arrêt de l’activité, après ta dernière déclaration de CA. Notre guide pour fermer sa micro-entreprise liste toutes les étapes.

Ton plan d’action pour basculer sans stress

Le meilleur moment pour changer de régime, c’est le 1er janvier : un exercice complet, une comptabilité propre. Pour une SASU, lance les démarches en octobre ou novembre.

Le passage du micro au réel n’est pas un saut dans le vide. Des milliers de freelances le font chaque année. Avec les bons chiffres et deux mois de préparation, c’est une étape naturelle de la croissance de ton activité.

FAQ

Questions fréquentes

Peut-on revenir en micro-entreprise après être passé au régime réel ? +

Oui, si ton chiffre d'affaires repasse sous les seuils. Si tu avais opté pour le réel, tu dénonces l'option avec ta déclaration de résultats de l'année qui précède le retour au micro. Le retour prend effet au 1er janvier.

Faut-il obligatoirement un expert-comptable au régime réel ? +

Non, ni en EI ni en société. En EI au réel, un logiciel de comptabilité suffit souvent. En SASU, bilan, liasse fiscale et déclarations sociales rendent l'expert-comptable presque indispensable.

Que devient le versement libératoire quand je quitte la micro ? +

Il prend fin, car il est réservé au régime micro. Ton bénéfice est alors soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Pense à ajuster ton taux de prélèvement à la source pour éviter un rattrapage l'année suivante.

Peut-on garder sa micro-entreprise en plus de la SASU ? +

Oui, aucun texte ne l'interdit, à condition que les deux activités soient réellement distinctes. Facturer la même prestation aux mêmes clients par les deux structures expose à une requalification. Pour une simple transition, crée la SASU, transfère tes contrats, puis ferme la micro.

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