Retraite du freelance : comprendre tes droits par statut (guide 2026)
La retraite en freelance, c'est flou et ça fait peur. On décortique tes droits réels par statut (micro-entreprise, EURL, SASU, portage), avec les chiffres 2026.
La retraite en freelance, c'est flou et ça fait peur. On décortique tes droits réels par statut (micro-entreprise, EURL, SASU, portage), avec les chiffres 2026.
Tu ne sais pas combien tu cotises pour ta retraite. Et tu n’es pas la seule.
C’est le sujet que la plupart des travailleurs indépendants repoussent. Entre les acronymes (SSI, CIPAV, AGIRC-ARRCO), les régimes qui changent selon le statut et les réformes qui s’enchaînent, on se dit qu’on verra plus tard. Sauf que « plus tard », ce sont des trimestres en moins et une pension amputée.
Quand je me suis lancée en micro-entreprise en 2022, j’ai découvert par hasard que mes cotisations URSSAF finançaient aussi ma retraite. Personne ne me l’avait expliqué. On passe donc en revue ce que chaque statut te donne réellement comme droits, avec les chiffres de 2026.
Le système français repose sur deux étages :
Le taux plein demande jusqu’à 172 trimestres selon ton année de naissance, ou d’avoir 67 ans. L’âge légal atteint 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969. La réforme de 2023 a été en partie suspendue fin 2025 : les générations 1964 à 1968 partent entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois. Ton âge exact figure sur info-retraite.fr.
Un trimestre ne dépend pas du temps travaillé, mais des revenus. En 2026, il faut 1 803 € de revenus cotisés (150 fois le SMIC horaire) pour valider un trimestre, soit 7 212 € dans l’année pour atteindre le maximum de quatre.
Il existe aussi un plancher, le minimum contributif. Si ta carrière est complète mais ta pension calculée très faible, il la porte à un peu plus de 900 € brut par mois (montant majoré, avec au moins 120 trimestres cotisés). C’est un filet de sécurité, pas un objectif.
Personne ne cotise à ta place. Chaque trimestre non validé, c’est un pourcentage en moins sur ta pension finale. Le sujet se règle maintenant, pas dans 20 ans.
La micro-entreprise est le statut le plus répandu chez les freelances. Côté retraite, c’est aussi celui qui génère le plus de confusion.
La majorité des micro-entrepreneurs (consultants, développeurs, designers, rédacteurs) relèvent de la SSI, avec un taux global de 25,6 % du CA en BNC en 2026. Les professions libérales réglementées (architectes, psychologues, ingénieurs-conseils) cotisent à la CIPAV, à 23,2 %. Ces taux incluent la retraite de base et la complémentaire : le calcul est automatique, tu n’as rien à faire.
En micro, tes trimestres se calculent sur ton CA après l’abattement forfaitaire de 34 % des BNC. Il faut donc facturer environ 2 730 € de prestations de services BNC pour valider un trimestre en 2026, et environ 10 930 € dans l’année pour en valider quatre.
En dessous, les mois creux du début d’activité te coûtent deux fois : en trésorerie et en droits futurs. Si tu bénéficies de l’ACRE, tes cotisations réduites te donnent aussi moins de points de retraite complémentaire sur cette période.
Ma première année en micro, j’ai facturé environ 15 000 €. Suffisant pour valider mes 4 trimestres, mais la pension que ça me donnera est dérisoire. En micro-entreprise, on cotise sur une base réduite. Il faut en avoir conscience.
Les points de retraite complémentaire suivent la même logique : proportionnels à ton CA, ils restent faibles si tu restes en micro avec des revenus modestes.
En EURL (gérant majoritaire) ou en entreprise individuelle au régime réel, tu relèves aussi des travailleurs non salariés (TNS). La différence : tes cotisations portent sur ton revenu, pas sur ton chiffre d’affaires.
Depuis la réforme de l’assiette sociale des indépendants, appliquée pour la première fois aux revenus 2025, tu déclares ton revenu professionnel avant cotisations et l’URSSAF lui applique un abattement forfaitaire de 26 %. Le résultat sert d’assiette unique. La réforme diminue la part de CSG-CRDS au profit des cotisations qui ouvrent des droits, dont la retraite.
Pour valider quatre trimestres en 2026, cette assiette doit atteindre au moins 7 212 €. C’est plus accessible qu’en micro, car tu déduis tes charges réelles. Et si tu te verses une rémunération régulière, tu construis un historique de revenus solide pour le calcul sur les 25 meilleures années.
En EURL, tu peux arbitrer entre rémunération et dividendes. Mais les dividendes au-delà de 10 % du capital social sont soumis aux cotisations TNS. Ce n’est pas de l’optimisation gratuite : ce levier joue directement sur tes droits retraite.
En SASU, le président est assimilé salarié. Il cotise au régime général pour la base et à l’AGIRC-ARRCO pour la complémentaire, nettement plus généreuse que le RCI. Pour valider quatre trimestres, un salaire brut de 7 212 € par an suffit, soit 601 € par mois.
Le revers, ce sont les charges : pour te verser 1 000 € net, ta SASU décaisse environ 1 800 €.
Beaucoup de présidents de SASU se versent un salaire minimal et privilégient les dividendes, soumis à la flat tax de 31,4 % depuis 2026. Mais zéro rémunération, c’est zéro cotisation et zéro droit retraite.
Si la retraite pèse dans ton choix de statut, compare le net en poche avec le simulateur de revenus freelance.
Le portage salarial te donne les mêmes droits qu’un salarié classique : trimestres validés tant que la société de portage te verse un salaire, points AGIRC-ARRCO, et rien à gérer de ton côté.
Le prix de cette tranquillité est élevé. Entre les frais de gestion (5 à 10 % du CA HT) et les charges salariales et patronales, il te reste environ 45 à 50 % de ton CA en net. En micro-entreprise, tu conserves environ 74 % avant impôt.
En début de carrière freelance, j’ai hésité entre portage et micro. Le portage me rassurait pour la retraite et le chômage. Mais l’écart de net en poche était tel que j’ai choisi la micro. Avec le recul, je compense avec un PER.
Quel que soit ton statut, la retraite obligatoire ne suffira probablement pas à maintenir ton niveau de vie. On estime souvent que la pension d’un indépendant représente 30 à 50 % de ses derniers revenus, contre 60 à 75 % pour un salarié.
Le Plan d’épargne retraite (PER) individuel, qui a remplacé le contrat Madelin en 2019, compense cet écart avec un avantage fiscal immédiat : tes versements sont déductibles de ton revenu imposable. Le plafond dépend de ton statut en 2026 :
| Statut | Plafond de déduction | Plancher |
|---|---|---|
| TNS (EI au réel, gérant d’EURL) | Jusqu’à 88 911 € | 4 806 € |
| SASU | 10 % de ta rémunération nette, 37 680 € au maximum | 4 710 € |
| Micro-entreprise | 10 % du revenu après abattement | 4 710 €, souvent le plafond retenu |
Plus ta tranche marginale d’imposition est élevée, plus l’effort est léger : à 30 % de TMI, chaque euro versé ne te coûte que 70 centimes, et 59 centimes à 41 %. Les calculs détaillés et les cas de déblocage anticipé sont dans le guide du PER pour freelance.
Pour savoir combien verser, estime ta pension future sur info-retraite.fr, calcule l’écart avec le revenu dont tu auras besoin, et répartis-le sur les années restantes. La stratégie d’épargne globale est détaillée dans cet article.
Je provisionne 30 % de chaque paiement reçu sur un compte séparé : cotisations URSSAF, impôts, et depuis un an, 200 € par mois sur un PER. Ce n’est pas énorme, mais sur 25 ans, la somme compte.
La retraite en freelance n’est pas une fatalité. Quelques gestes suffisent pour reprendre la main :
En freelance, tu es ton propre DRH. Personne ne va te rappeler de cotiser davantage ou d’ouvrir un PER. C’est à toi de jouer.
Non. Tes trimestres au régime général et tes points AGIRC-ARRCO restent acquis et s'ajoutent à tes droits d'indépendant : tu seras polypensionné. Ton espace sur info-retraite.fr regroupe tous tes régimes au même endroit.
Oui, c'est le cumul emploi-retraite. Avec le taux plein, tu cumules pension et revenus sans plafond, et tes nouvelles cotisations ouvrent droit à une deuxième pension, limitée à 5 % du PASS (2 403 € brut par an en 2026). Sans le taux plein, le cumul reste possible mais tes revenus sont plafonnés selon ton régime.
Il te manquera ces trimestres pour le taux plein, ce qui peut entraîner une décote ou un départ plus tardif. Un rachat de trimestres est possible pour les années incomplètes, mais il coûte cher : fais une simulation auprès de ta caisse avant de te décider.
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