Holding et SASU : quand créer une holding en freelance (et comment ça marche)
La holding est le montage le plus cité dans les groupes de freelances en SASU. Mais à quel moment ça vaut le coup ? Mécanisme fiscal, seuils, montage SCI et pièges à éviter.
31,4 %. C’est le taux du prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les dividendes depuis 2026. Pour un freelance en SASU qui distribue 80 000 €, cela fait plus de 25 000 € d’impôt personnel avant que l’argent arrive sur son compte.
Ce chiffre pousse beaucoup de freelances expérimentés vers un mot qui revient dans tous les groupes de consultants : la holding. La première fois qu’on m’en a parlé, j’étais persuadée que c’était réservé aux grands groupes. J’avais tort, même si le montage est loin de convenir à tout le monde.
On va voir comment le montage fonctionne, à partir de quel bénéfice il devient rentable et quels pièges éviter. Une condition d’abord : ta société doit être à l’IS. Si tu hésites encore, lis notre guide IS ou IR pour ta société.
Comment une holding fait remonter tes bénéfices ?
Une holding est une société dont le métier consiste à détenir des parts d’autres sociétés. Elle ne facture pas de missions. Dans le schéma classique, tu crées une seconde société qui détient 100 % de ta SASU opérationnelle. Les bénéfices de la SASU remontent vers la holding sous forme de dividendes, et tu décides ensuite quoi en faire.
Le moteur du montage s’appelle le régime mère-fille (article 145 du CGI). Les dividendes reçus par la holding sont exonérés d’IS à 95 %. Seule une quote-part de frais et charges de 5 % est imposée, au taux de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice puis 25 % au-delà (service-public.fr). Le coût réel tombe entre 0,75 % et 1,25 % des dividendes remontés. Trois conditions : détenir au moins 5 % du capital de la filiale, conserver les titres deux ans et être soumise à l’IS.
Exemple avec 80 000 € de bénéfice distribuable, après IS et après ta rémunération de président :
Sans holding
Avec holding
Dividendes versés
80 000 €
80 000 €
Impôt
25 120 € (PFU)
600 € (IS sur 4 000 €)
Disponible
54 880 € dans ta poche
79 400 € dans la holding
La holding ne supprime pas la fiscalité. Elle la diffère. Le jour où tu te verses des dividendes depuis la holding, le PFU de 31,4 % s’applique.
L’intérêt tient donc dans les 24 520 € de plus que tu peux faire travailler avant de payer l’impôt personnel.
À partir de quel bénéfice une holding devient rentable ?
La holding a des coûts fixes : 500 à 2 500 € de création selon que tu passes par une plateforme en ligne ou un avocat, puis 1 500 à 3 000 € par an entre la comptabilité et les formalités juridiques (assemblée générale, procès-verbaux de distribution).
Si tu fais remonter 80 000 € dans la holding pour te les reverser aussitôt, tu paies la flat tax de toute façon. Le gain est nul et les frais restent. La holding devient pertinente quand deux conditions sont réunies :
Tu dégages au moins 60 000 à 80 000 € de bénéfice distribuable par an, après IS et rémunération.
Tu as un projet concret pour cette trésorerie : immobilier, nouvelle activité, placements.
Sans projet de réinvestissement, la holding est une coquille vide qui te coûte 2 000 € par an.
En pratique, beaucoup d’experts-comptables l’évoquent à partir de 100 000 à 150 000 € de chiffre d’affaires annuel, soit un TJM de 500 à 700 € avec un bon taux d’occupation. Notre simulateur de revenus freelance t’aide à estimer ton bénéfice distribuable.
Comment créer ta holding ?
Pour un freelance seul, la forme logique est la SASU : associé unique, capital libre, et des dividendes qui restent au PFU sans cotisations sociales. En EURL, la part des dividendes au-delà de 10 % du capital supporte des cotisations, ce qui rend la forme peu adaptée (voir notre comparatif SASU vs EURL).
La création suit les mêmes étapes que pour ta SASU opérationnelle. L’objet social mentionne la détention de participations et, si tu le prévois, l’acquisition immobilière. Un capital de 1 000 à 5 000 € rassure les banques, même si 1 € suffit légalement. Compte environ 200 € de frais incompressibles (annonce légale, greffe, registre des bénéficiaires effectifs). Une plateforme comme LegalPlace peut prendre en charge les statuts et l’immatriculation.
Reste l’étape structurante : faire passer les actions de ta SASU dans la holding. Le mécanisme standard est l’apport de titres (article 150-0 B ter du CGI). Tu apportes tes actions en échange de parts de la holding, et la plus-value latente est mise en report d’imposition. Une vente des titres à la holding, elle, est imposée immédiatement.
Dès que de l’argent circule entre tes sociétés, rédige une convention de trésorerie écrite et datée, avec un taux d’intérêt de marché. Sans elle, l’administration peut voir un acte anormal de gestion dans un prêt de la holding à une SCI.
Fais-toi accompagner par un expert-comptable ou un avocat fiscaliste pour l’apport de titres. C’est l’étape où une erreur coûte le plus cher.
Que faire de la trésorerie accumulée dans ta holding ?
La holding peut créer une nouvelle filiale (formation, SaaS), prendre des participations ou placer son argent : contrat de capitalisation, compte-titres, SCPI. Les revenus restent dans la holding, imposés à l’IS, tant que tu ne te verses rien. Pour tes enveloppes personnelles, vois notre guide de l’épargne freelance.
Le montage holding + SCI
C’est l’usage le plus répandu chez les freelances. La holding crée une SCI à l’IS et lui prête de la trésorerie en compte courant d’associé. La SCI achète un bien, et les loyers remboursent peu à peu la holding. Comme l’amortissement du bien, les intérêts et les charges sont déductibles, le résultat imposable de la SCI reste souvent faible les premières années.
Revendre ta SASU : la niche Copé
Quand la holding cède des titres de participation détenus depuis au moins deux ans, 88 % de la plus-value est exonérée. Seule une quote-part de 12 % est imposée à l’IS, soit environ 3 % au taux de 25 %. Prenons une holding qui détient ta SASU depuis sa création (10 000 € de capital) et la revend 300 000 € :
Montant
Plus-value
290 000 €
IS sur la quote-part de 12 %
8 700 €
Conservé dans la holding
281 300 €
En nom propre, le PFU de 31,4 % aurait coûté 91 060 €. Attention si tes titres sont arrivés dans la holding par apport : une vente moins de trois ans après l’apport oblige la holding à réinvestir 70 % du prix dans une activité économique sous trois ans (règle durcie par la loi de finances 2026), sinon la plus-value en report est imposée.
Quels pièges avant de te lancer ?
Les coûts s’additionnent. Entre la comptabilité de la holding, celle de ta SASU et éventuellement d’une SCI, le budget peut atteindre 5 000 à 8 000 € par an. Un cabinet en ligne comme Dougs1 mois offert limite la facture par rapport à un cabinet traditionnel. Chaque société a aussi ses déclarations, ses assemblées et ses comptes à déposer.
L’abus de droit guette les holdings sans substance. Sans projet de réinvestissement ni stratégie documentée, l’administration peut considérer que le montage n’a qu’un but fiscal.
Une holding créée uniquement pour payer moins d’impôts, sans projet concret, est le meilleur moyen d’attirer un contrôle fiscal.
Les dividendes arrivent tard. Ta SASU ne distribue qu’après l’approbation des comptes, au plus tard six mois après la clôture. Anticipe ce décalage dans ta gestion de trésorerie.
Ta capacité d’emprunt personnelle baisse. Pour un prêt immobilier en nom propre, la banque regarde tes revenus personnels déclarés. Ce qui reste dans la holding ne compte pas. Verse-toi assez pour afficher un revenu solide, et réserve la holding à l’investissement locatif via une SCI.
La holding est-elle faite pour toi ?
Ce n’est pas un passage obligé. Vérifie ces points avant d’en parler à ton expert-comptable :
Tu es en SASU à l’IS avec au moins deux exercices bouclés
Tu dégages plus de 60 000 € de bénéfice distribuable par an après rémunération
Tu as un projet concret de réinvestissement
Tu acceptes 1 500 à 3 000 € de frais annuels en plus
Ton expert-comptable maîtrise les montages holding
Toutes les cases cochées ? Le montage mérite une étude sérieuse. Si tu n’en coches que deux ou trois, optimise d’abord ta rémunération salaire/dividendes et tes charges déductibles. Tu y reviendras le moment venu.
FAQ
Questions fréquentes
Faut-il un avocat fiscaliste pour créer une holding ?
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Pas pour créer la société elle-même, une plateforme juridique suffit. L'apport de titres et la structuration du groupe demandent en revanche un accompagnement spécialisé, pour sécuriser le report d'imposition de la plus-value.
Quelle différence entre holding animatrice et holding passive ?
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Une holding passive se contente de détenir des titres et de percevoir des dividendes, c'est le cas de la plupart des freelances. Une holding animatrice participe à la stratégie de ses filiales et leur rend des services réels, ce qui ouvre certains avantages (IFI, pacte Dutreil). La question se pose surtout quand tu as plusieurs filiales.
La holding protège-t-elle mon patrimoine en cas de litige client ?
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Pas directement : la responsabilité liée aux missions reste dans ta SASU. Les actifs logés dans la holding ou dans une SCI sont en revanche juridiquement séparés de l'activité. C'est un cloisonnement, pas une protection absolue.
Peut-on dissoudre la holding si le montage ne convient plus ?
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Oui, pour environ 500 à 1 500 € de frais de liquidation et de radiation. Mais récupérer les titres de ta SASU en direct peut mettre fin au report d'imposition de la plus-value d'apport. La sortie n'est pas gratuite.