Plateforme agréée : combien ça coûte vraiment de recevoir tes factures (et pourquoi tu ne devrais rien payer)
Depuis le 1er septembre 2026, tu dois passer par une plateforme agréée pour recevoir tes factures. Voici les tarifs réels relevés chez neuf acteurs, et ce que cache le mot gratuit.
Fin août, ma boîte mail s’est remplie de messages d’éditeurs au même objet ou presque : « Plus que quelques heures pour être en conformité ». Un abonnement à 19 € par mois, une offre de lancement qui expirait le soir même, une courbe censée prouver que mes factures fournisseurs allaient se perdre dans le vide.
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir leurs factures via une plateforme agréée. Micro-entrepreneurs compris, quel que soit ton volume.
Ce que ces mails ne disent pas, c’est qu’au moins cinq plateformes agréées assurent la réception et l’émission gratuitement, sans condition de statut ni de volume. J’ai épluché leurs pages tarifs une par une. Voilà ce que j’y ai trouvé, et ce qui se cache derrière le mot « gratuit ».
Faut-il payer pour être en règle depuis le 1er septembre 2026 ?
Non. La loi t’impose de désigner une plateforme agréée et de la déclarer dans l’annuaire central, pour que tes fournisseurs sachent où déposer leurs factures. Ton adresse dans ce système, c’est ton SIREN. C’est une inscription, pas un abonnement, et la nuance vaut entre 0 € et plusieurs centaines d’euros par an.
L’obligation porte sur ta capacité à recevoir, pas sur le montant que tu dépenses pour l’obtenir.
N’attends pas d’option publique gratuite : il n’y en aura pas. Le Portail Public de Facturation a été recentré sur l’annuaire et la collecte des données pour l’administration fiscale. Il ne transmet aucune facture pour ton compte. Méfie-toi aussi des sites au nom d’allure officielle : digitalise-tes-factures.fr, par exemple, n’est ni un service de l’administration ni une plateforme agréée, mais un générateur de factures PDF édité par un indépendant.
une mise en demeure avec trois mois pour te mettre en conformité ;
500 € d’amende si rien n’a bougé à l’issue du délai ;
1 000 € par nouvelle période de trois mois tant que la situation dure.
À côté, une facture émise hors du circuit coûte 50 € par facture et une transmission d’e-reporting oubliée 500 €, chaque fois dans la limite de 15 000 € par an. Une première infraction réparée dans les trente jours n’est pas sanctionnée.
Combien coûtent les plateformes agréées en 2026 ?
J’ai relevé ces tarifs sur les pages officielles des éditeurs, mis à jour le 7 octobre 2026. Ils bougent vite, vérifie avant de t’engager.
Solution
Statut
Réception et émission
Offre payante
Tiime
Plateforme agréée
Gratuit, illimité, sans engagement
Initial 9,99 €, Smart 17,99 €, Business 24,99 € HT/mois
Indy
Plateforme agréée
Inclus dans toutes les offres, dont l’offre à 0 €
Selon le statut (société, micro, BNC, SCI)
Dougs
Plateforme agréée
Pack facturation électronique à 0 € HT/mois
Expertise comptable sur devis
Shine
Plateforme agréée
Gratuit dès l’offre Free, avec ou sans compte bancaire
Incluse dans toutes les offres, pas de palier gratuit
Solo Basic 9 €, Smart 19 €, Premium 39 € HT/mois
Freebe
Absent de la liste officielle, solution compatible
Factures annoncées conformes, plateforme de transmission non précisée
12,50 € TTC/mois en engagement annuel, 30 jours d’essai
La conformité à la réception existe donc à 0 € chez plusieurs acteurs immatriculés, sans quota ni durée limitée. Le périmètre du gratuit varie : réservé aux micro-entreprises chez Pennylane, inexistant chez Qonto, où la plateforme est incluse mais le compte bancaire payant.
Pourquoi tant de gratuité ? Le transport d’une facture rapporte quelques centimes. Un freelance qui en reçoit quinze par mois laisse à sa plateforme quelques dizaines d’euros par an, au mieux. Ce qui intéresse les banques en ligne et les éditeurs comptables, c’est la place au centre de tes flux, d’où ils te proposeront un compte pro, une offre de comptabilité ou du financement.
Le transport de tes factures ne vaut presque rien. Ce qui a de la valeur, c’est la position que ça donne.
Logiciel « compatible » ou plateforme agréée : vérifie avant de payer deux fois
Ton logiciel de facturation n’est pas forcément une plateforme agréée. La fiche de la DGFiP sur les opérateurs de dématérialisation est nette : un outil non immatriculé ne peut ni transmettre tes factures au fisc ni gérer ton e-reporting. Il doit passer par une plateforme agréée partenaire.
Deux cas se présentent. Soit ton éditeur est lui-même immatriculé, et ton abonnement couvre tout. Soit il s’est raccordé à une plateforme partenaire, et il te reste à savoir si ce raccordement est inclus ou facturé en plus. Un message de trois lignes suffit pour le lui demander. La seule liste qui fasse foi est celle de la DGFiP, qui comptait 149 plateformes immatriculées fin septembre 2026.
« Compatible facturation électronique » et « plateforme agréée immatriculée » ne sont pas la même promesse.
Rien ne t’oblige non plus à tout centraliser. L’administration autorise des plateformes différentes pour l’émission et la réception. Tu peux garder ton outil de facturation actuel pour émettre et brancher une plateforme gratuite pour recevoir. Pour quelques dizaines de factures par mois, un seul outil reste toutefois le plus simple à tenir.
Les pièges derrière le mot « gratuit »
J’ai déjà accepté une mission à 480 € par jour aux Pays-Bas en trouvant le tarif excellent. Hôtel, trajets et semaines loin de chez moi déduits, il ne restait pas grand-chose. Le prix affiché et le prix réel sont deux choses différentes, ici aussi.
Gratuit pendant l’essai. Trente jours ou trois mois offerts, ce n’est pas une plateforme gratuite. Note la date de fin le jour de l’inscription.
Gratuit si tu ouvres un compte. Certaines néobanques offrent la plateforme à leurs clients seulement. Si ta banque te convient, vérifie que la brique facturation s’utilise seule.
Gratuit sauf l’e-reporting. Des offres d’entrée renvoient l’e-reporting vers un plan payant. Si tu factures des particuliers ou des clients étrangers, tu en as besoin : on détaille qui est concerné dans l’article sur l’e-reporting pour les freelances.
Gratuit à l’entrée, payant à la sortie. Ta plateforme garde l’historique de tes factures. Demande par écrit si l’export est possible, dans quel format et à quel prix. Une réponse floue est une réponse.
Gratuit mais illisible pour ton comptable. Une plateforme que ton cabinet ne lit pas, c’est de la ressaisie, donc des honoraires en plus.
Dernier critère, souvent oublié : la solidité de l’acteur. Avec un transport qui rapporte quelques centimes, une partie des plateformes immatriculées sera rachetée ou fermera. Préfère une immatriculation définitive et un éditeur rentable en dehors de la facturation électronique. Si tu dois partir, la méthode est dans le guide pour changer de plateforme agréée sans bloquer tes factures.
Quel budget prévoir selon ton statut ?
Micro-entrepreneur en franchise en base : 0 €. Tu restes assujetti à la TVA, donc concerné, mais ton besoin se limite à recevoir, émettre et suivre ton livre des recettes. Tiime et Abby le couvrent à 0 €, sans limite de volume. Si tu exerces en BNC, Indy1 mois offert ajoute la déclaration fiscale dans le même outil. Surveille tes seuils avec le simulateur de seuil de TVA : en les franchissant, l’e-reporting entre dans l’équation.
EI au réel ou profession libérale : 0 à 15 € par mois. La plateforme reste gratuite. Ce que tu paies éventuellement, c’est la comptabilité, pas la conformité. Compare sur ce que tu utilises vraiment avec notre comparatif des outils de facturation.
SASU ou EURL avec expert-comptable : le prix de ton cabinet, pas un euro de plus. Aligne ta plateforme sur l’outil de ton cabinet pour éviter frais de connexion et double saisie. S’il travaille avec Dougs1 mois offert ou Pennylane, prends la même et le sujet est clos.
En société, le mauvais calcul n’est pas de payer 15 € par mois. C’est de choisir une plateforme que ton cabinet ne peut pas lire.
Ta checklist pour régler le sujet en une heure
Vérifie si tu es déjà couvert. Cherche « facturation électronique » dans les réglages de ton outil actuel avant de souscrire quoi que ce soit.
Confirme son statut sur la liste de la DGFiP, avec une immatriculation définitive de préférence.
Déclare ton SIREN dans l’annuaire. Sans cette étape, l’inscription ne sert à rien.
Demande à ton expert-comptable quelle plateforme il lit déjà sans frais.
Note la fin de tes périodes d’essai et vérifie que la première facture fournisseur arrive bien.
Je suis micro-entrepreneur en franchise en base de TVA, quand dois-je émettre des factures électroniques ?
+
Au plus tard le 1er septembre 2027, comme toutes les PME et micro-entreprises. La réception, elle, est obligatoire depuis le 1er septembre 2026. Tu peux émettre en électronique avant l'échéance si ta plateforme le permet.
Une plateforme gratuite aujourd'hui peut-elle devenir payante ?
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Oui, rien n'interdit à un éditeur de changer ses tarifs. C'est pour ça qu'il vaut mieux vérifier avant l'inscription que l'export de ton historique est gratuit : si l'offre change, tu pars sans perdre tes données.