CSP et micro-entreprise : peux-tu conserver ton ASP si tu facturais déjà ?
Tu facturais déjà en micro-entreprise pendant ton CDI et on te propose un CSP ? Vérifie les conditions de l'activité conservée et prépare les preuves à présenter à France Travail.
Quand j’ai préparé mon départ du CDI, j’avais mis mes dépenses et mes mois sans mission dans un tableau. Si un CSP m’avait été proposé, j’aurais ajouté une colonne bien plus décisive : les dates auxquelles mon salaire et mes recettes freelance se chevauchaient.
Tu as une micro-entreprise, tu facturais déjà pendant ton CDI et un licenciement économique se profile. Perdre ton salaire est assez inquiétant sans découvrir, après avoir accepté le CSP, que ton allocation de sécurisation professionnelle (ASP) est suspendue. La bonne question est précise : France Travail reconnaîtra-t-il ta micro comme une activité conservée ?
On va vérifier les deux critères officiels, réunir les pièces qui les éclairent et préparer ton échange avec France Travail avant ta réponse.
1. Situe ta micro-entreprise par rapport au CSP
Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) accompagne les salariés concernés par un licenciement économique. Si tu l’acceptes, tu bénéficies d’un suivi renforcé et, selon ta situation, de l’ASP. France Travail indique un délai de réflexion de 21 jours et une entrée dans le dispositif le lendemain de la rupture du contrat. Ce délai est précieux pour exposer ta situation avant de prendre une décision. La foire aux questions de France Travail sur le CSP détaille ces étapes.
Le fait de posséder une micro-entreprise ne t’interdit pas d’adhérer au CSP. En revanche, il ne garantit pas le versement de l’ASP pendant que tu continues ton activité. France Travail distingue l’activité que tu exerçais et qui te rémunérait déjà pendant le CDI de celle qui n’a commencé à rapporter qu’après. Cette distinction commande le cumul éventuel de l’ASP avec les recettes de ta micro.
Il faut aussi distinguer les verbes. Créer une micro-entreprise établit une date administrative. Exercer suppose une activité réelle. Facturer constate une prestation ou une vente. Encaisser donne une date de recette. Aucun de ces éléments, pris isolément, ne résume nécessairement ton dossier. C’est leur chronologie que l’on doit reconstruire.
Tu peux accepter le CSP tout en ayant une autre activité. La question séparée est celle du versement de l’ASP pendant que cette activité continue.
Si tu es encore au stade du cumul CDI et missions, notre guide sur le cumul CDI et freelance aborde les règles de ce chevauchement. Ici, on se concentre sur ses conséquences au moment du CSP.
2. Vérifie les deux conditions de l’activité conservée
La règle publiée par France Travail repose sur deux conditions réunies : tu as effectivement exercé ton CDI et ta micro en même temps, et tu as cumulé les rémunérations des deux activités sur une même période. Cette période doit se situer dans les 24 derniers mois, ou les 36 derniers mois si tu as au moins 55 ans. Ces durées et cet âge sont ceux indiqués par France Travail lors de la vérification du 10 octobre 2026.
Une activité réellement exercée en parallèle
Un numéro SIRET ancien ne prouve pas que tu travaillais déjà comme indépendant. Cherche des traces de prestations ou de ventes pendant ton CDI : devis accepté, facture, livraison. Relie-les au calendrier du contrat salarié.
Une micro créée avant le licenciement mais restée inactive ne remplit pas automatiquement ce critère. Une facture tardive ne prouve pas un exercice simultané.
Des rémunérations perçues sur une même période
Le second critère surprend souvent. Il faut montrer que salaire et recettes ont coexisté. Rapproche bulletins de salaire, déclarations de chiffre d’affaires et encaissements. Une facture émise avant la rupture mais payée après appelle un examen attentif : sa date d’émission ne prouve pas, seule, un cumul de rémunérations.
Une micro immatriculée avant le licenciement n’est pas automatiquement une activité conservée. Il faut établir l’exercice simultané et le cumul effectif des rémunérations.
France Travail ne publie pas de montant minimum de chiffre d’affaires qui validerait automatiquement le dossier. Même une petite recette doit être documentée et appréciée dans son contexte. La convention CSP publiée par l’Unédic, article 12, paragraphe 3 prévoit le cumul intégral des rémunérations d’une activité conservée avec l’ASP, si elle est compatible avec le projet de reclassement. Fais confirmer la qualification de ton activité.
3. Compare les dates de ta micro et de ton licenciement
Prenons Camille. Son CDI se termine le 31 octobre 2026 dans le cadre d’un licenciement économique. Sa micro-entreprise existait déjà en janvier 2026. Elle a réalisé une prestation en juin 2026, émis sa facture le 20 juin et encaissé 600 € le 10 juillet 2026. Son bulletin de salaire de juillet montre aussi une rémunération de son CDI pour ce mois. On retrouve donc une activité freelance exercée pendant le contrat salarié et des revenus des deux activités sur une période commune, dans la fenêtre indiquée par France Travail.
Ces éléments constituent un dossier cohérent à soumettre à France Travail pour demander la reconnaissance d’une activité conservée. Le montant de 600 € sert seulement à dater une recette dans cet exemple. Il ne représente aucun seuil officiel et ne garantit pas l’acceptation. La nature de la prestation, sa date réelle et les autres pièces peuvent compter dans l’appréciation.
Changeons la chronologie dans la même histoire : Camille immatricule sa micro le 2 novembre 2026, après la fin du CDI, puis encaisse son premier client en décembre. Elle ne peut plus montrer que cette activité était exercée et rémunérée en parallèle de l’emploi perdu. Même si elle avait obtenu son SIRET en septembre mais n’avait commencé à travailler et à percevoir des recettes qu’en novembre, la simple date de création ne suffirait pas à prouver les deux critères.
Dans cette situation inverse, ne présume pas que l’ASP continuera. France Travail indique que, si l’activité n’est pas conservée, l’ASP est suspendue tant qu’elle est exercée. La convention CSP précise que l’activité commencée avant la rupture mais non qualifiée de conservée suspend aussi le dispositif pendant son exercice. Si l’activité non salariée débute en cours de CSP, fais préciser ses conséquences sur ton adhésion et sur le versement de l’ASP.
Le bon réflexe est de placer sur une même ligne de temps la fin du CDI, les prestations, les factures et les encaissements. La date du SIRET ne tranche pas seule.
4. Prépare tes preuves d’activité conservée pour France Travail
Le dossier le plus utile est court et chronologique. Tu n’as pas besoin d’accumuler toutes tes archives : sélectionne les pièces qui montrent précisément le chevauchement. Lors de mon propre départ du CDI, mon tableau de trésorerie m’aidait à voir les mois fragiles. Ici, un tableau de dates sert surtout à rendre la situation vérifiable par un conseiller.
Réunis d’abord :
Le contrat de travail, l’attestation employeur si elle est disponible et les bulletins de salaire correspondant aux mois où tu exerçais aussi en micro-entreprise.
Le justificatif d’immatriculation et les déclarations de chiffre d’affaires couvrant la même période. La page de France Travail sur les justificatifs d’activité non salariée mentionne notamment la déclaration de chiffre d’affaires pour les revenus déclarés trimestriellement. Cette page décrit la reprise d’activité en général ; elle ne donne pas une liste propre à la qualification d’activité conservée sous CSP.
Les factures et les preuves d’encaissement, avec leurs dates. Un relevé ou une trace de paiement peut aider à relier une facture à une recette réellement perçue avant la rupture.
Ajoute, si le travail effectif est difficile à dater, un devis accepté ou un échange client qui situe la prestation. Range le tout par mois, en rapprochant chaque recette du bulletin correspondant. Si tes déclarations sont trimestrielles, identifie les factures et paiements qui composent le trimestre : le total seul montre moins clairement la période commune.
Puis formule tes questions sans rester au niveau du « ai-je droit au chômage ? » :
« Au vu de ces pièces, considérez-vous ma micro-entreprise comme une activité conservée pour le CSP et le versement de l’ASP ? »
« Quelle période de référence appliquez-vous à mon dossier et quels justificatifs complémentaires vous faut-il pour établir le cumul des rémunérations ? »
« Si mon activité n’est pas retenue comme conservée, que devient mon ASP tant que je continue à facturer, et comment dois-je déclarer cette activité ? »
Demande une réponse traçable dans ton espace France Travail ou par écrit. C’est plus facile à relire avant de répondre au CSP, surtout si les dates de facturation et d’encaissement ne coïncident pas.
5. Décide avec une qualification confirmée et continue à déclarer
Pendant les 21 jours de réflexion, transmets ton dossier et explique que la micro existait déjà parallèlement au CDI. Demande au conseiller de se prononcer sur l’activité conservée avant de compter sur l’ASP dans ton budget. Si des pièces manquent, demande lesquelles et pour quelle période. Si une réponse reste incertaine, tiens compte d’une possible suspension dans ta décision financière au lieu de supposer que la petite taille de ta micro suffira.
Une fois dans le CSP, la qualification ne dispense pas de tes obligations. France Travail indique que le paiement de l’ASP nécessite une actualisation mensuelle et la déclaration des changements de situation. Signale ta micro et les évolutions demandées par ton conseiller, puis conserve les copies de tes envois et des réponses reçues. Vérifie aussi avec lui que la poursuite de tes missions reste compatible avec ton projet de reclassement, condition mentionnée par la convention CSP.
Avant de compter sur le cumul CSP et micro-entreprise :
Date la fin du CDI, tes prestations et tes encaissements.
Rapproche les preuves de travail et de rémunération pour la même période.
Fais qualifier ton dossier par France Travail, puis garde sa réponse.
C’est cette qualification qui permet de savoir si tu peux conserver ton ASP tout en poursuivant ta micro-entreprise.
Après le CSP, les règles changent. Pour la suite, lis notre guide sur le cumul de l’ARE et d’une micro-entreprise et, si tu envisages une création ou une reprise d’activité dans un autre cadre, celui sur l’ARCE pour les freelances. Ces dispositifs ne remplacent pas l’examen de ton activité conservée pendant le CSP.